Marie Donnève

Artiste plasticienne

Mes recherches portent sur la mémoire, la trace, lʼétrangeté de lʼentre-deux. Par le geste intentionnel ou providentiel, jʼaspire à basculer dʼune réalité à lʼautre.

Inspirée par les espaces habités, les objets de souvenirs, tirés de mes propres photographies, fétiches ou dessins, jʼexplore cette possibilité dʼune autre dimension.
Travaillant souvent en série, je mʼapproprie ces sujets via différentes techniques : la peinture, le fusain, la mine graphite, parfois la terre ou encore le papier froissé, plié, arraché.

Du trait réaliste à lʼabstraction, du passage du noir et blanc à la couleur, arracher, malaxer, user des contrastes entre les matières. Ainsi, sʼébauchent de nouvelles perspectives, dʼautres formes apparaissent, dʼautres mondes.
Ce qui mʼintéresse est ce qui émerge de la tache, de lʼaccident, de la disparition.
Le médium capte lʼindicible et le révèle.

Traquant les détails, détournant les photos, reformulant les contours jusquʼà épuisement, jʼaime dessiner la lumière, évoquer les empreintes, comme une réminiscence.
Donner du mouvement aux images par le trait, les jeux de clairs obscurs, dʼapparitions, de déformations. Faire danser les ombres, cʼest traverser le temps.

Analogie de la métamorphose, lʼentre-deux est cette part de mystère qui surgit dans un lieu, un objet, un corps. Cʼest un moment suspendu, lʼinfime trace dʼun passage où jʼaime mʼaventurer et peut-être voir surgir une présence, un ailleurs.

« Les dessins et aquarelles de Marie Donnève sont d’un autre imaginaire, d’un autre mystère. L’immédiateté de situation n’est pas de mise dans ces travaux où le passé se lit en strates qui se superposent et s’enchevêtrent pour former des images qui tiennent à la fois du mythe, de l’enfance, de l’inconscient. Ce que l’on ne peut nommer est ici palpable, dans un langage restreint, suggestif, de l’ordre de la réminiscence. Ses « bêtes de sexe », créatures hybrides, étranges et fascinantes, s’imbriquent comme un seul corps, à la fois humain et animal, à la fois terrestre et chimérique, la dualité finissant par se fondre dans l’acte. Où commence le corps de l’autre et quels sont ses contours? Que partageons nous de son esprit dans ce jeu charnel et à quel point s’y cherche-t-on soi-même? Telle semble être la profondeur des enjeux de ces petits carrés dessinés, mine de rien. Quant à l’œuvre tirée de la série des lits, son papier arraché comme une image qu’on aurait trop manipulée, un souvenir trituré, sans cesse repassé dans l’espoir d’y trouver… d’y trouver quoi ? que poursuivons-nous que nous savons pourtant fugitif, éphémère, impossible à ressusciter… Dans cette vaine quête, Marie Donnève et sa chambre fantomatique s’adressent à notre incorrigible sensualité. » 

Giulia Pentcheff

Pour l'exposition Qriosa, 2019, Galerie Alexis Pentcheff

« Marie travaille le fusain avec une grande maîtrise, le charbon à force de superposition se transforme en une matière épaisse et lustrée qui dialogue avec la transparence du charbon à peine posé. Ces différents noirs témoignent de la rigueur de composition de ces pièces d’intérieur (chambres, salles d’attente, boudoirs etc..). Ils s’emparent de l’espace et l’organisent comme si chacun des éléments de la composition se transformait en objet-sculpture. Chez Marie, certains de ses dessins sont à la limite du fantastique et de l’absurde, il semble impossible de les associer à ses vues d’intérieurs, je pourrais même parler de deux mondes presque antagonistes et pourtant c’est dans la globalité du travail, dans la réunion de ces différences que l’étrangeté de son monde se laisse capturer et qu’elle a trouvé les passerelles indicibles pour les réunir. C’est à chacun de nous de tisser les liens entre toutes ces séries, pour découvrir nos propres interrogations. » 

Raoul Hébréard

Artiste, Extrait du texte "Excursions intérieures", 2017