Novembre 2016.

Le Worshop partagé avec Emma Piq et dirigé par Raoul HEBREARD, artiste plasticien, a été l’occasion d’une belle rencontre.Les travaux réalisés durant deux jours, dans le prolongement de mes séries au fusain sur les intérieurs, ont ensuite été présentés à l’occasion d’un vernissage. Le retour à la ligne « libre et pure » étaient les maîtres mots de cet atelier particulièrement riche m’ayant permis un certain retour aux fondamentaux.

Voici un texte de Raoul Hebréard à propos de mon travail, je l’en remercie infiniment.

« Excursions Intérieures

Marie est multiple, elle aurait pu être conteuse ou illustratrice, mais elle a choisi la pratique des Arts Plastiques. Cette « troisième voie » est pour elle la prise de conscience de pouvoir être libre dans sa création. Cette façon d’aborder le travail artistique lui permet de fédérer l’idée narrative du conte et la pratique particulière du dessin illustratif. Ses préoccupations d’artiste traduisent une perception du monde dans lequel elle puise l’essence de nos peurs, nos fantasmes, nos cadres de vie, nos absences, nos attentes. Ces particularités s’organisent en séries, les salles d’attente vides, les lits défaits, l’organique sous-entendu de ces pièces se marient avec le végétal. Cette végétation souvent luxuriante, exotique, est mise en place comme une solution à toutes nos angoisses profondes. Pourtant l’acte pictural qu’elle utilise, lui sert à dédramatiser ses peintures ou ses dessins. Le traitement plastique laisse apparaître une lecture de la ligne, du trait, qui a le potentiel de ciseler l’espace pour nous le faire percevoir d’une façon précise, celui-ci bien que coloré ou charbonné, nous laisse deviner la force d’interprétation du vide qui se cache derrière l’artifice de la matière. Ces territoires vierges prennent naissance lorsque le dessin se retrouve seul sur l’espace vide d’une surface, il en prend possession par le noir précis du trait, cette situation d’œuvre ouverte est le signe même qu’elle réussit a mixer le conte et l’illustration, qui nous offrent souvent une lecture univoque, alors qu’elle nous propose tous les éléments pour pouvoir créer l’histoire autrement.
Son parti pris de traité la couleur avec le choix de la poser en lavis plutôt qu’avec des empâtements de matière procure des sensations de lumière diffuse qui irriguent ses toiles et procure une certaine fragilité de l’espace où elle met en scène son univers.
Elle travaille le fusain avec une grande maîtrise, le charbon à force de superposition se transforme en une matière épaisse et lustrée qui dialogue avec la transparence du charbon à peine posé. Ces différents noirs témoignent de la rigueur de composition de ces pièces d’intérieur (chambres, salles d’attente, boudoirs etc..). Ils s’emparent de l’espace et l’organisent comme si chacun des éléments de la composition se transformait en objet-sculpture. Chez Marie, certains de ses dessins sont à la limite du fantastique et de l’absurde, il semble impossible de les associer à ses vues d’intérieurs, je pourrais même parler de deux mondes presque antagonistes et pourtant c’est dans la globalité du travail, dans la réunion de ces différences que l’étrangeté de son monde se laisse capturer et qu’elle a trouvé les passerelles indicibles pour les réunir. C’est à chacun de nous de tisser les liens entre toutes ces séries, pour découvrir nos propres interrogations.

31/01/2017 Raoul Hebreard «